Ce jour-là, dans un café de la rive-nord
Ce n’est pas un secret: j’aime la solitude. C’est souvent seule que j’arrive à grandir, à apprendre à m’aimer, à aimer les autres, à aimer la vie.
Mais j’ai aussi réalisé dernièrement que le regard des autres m’atteignait encore trop. Parce que l’humain, trop souvent, se dessine une perfection virtuelle qui ne me ressemble pas. Des selfies filtrés qui n’assument plus l’authenticité, des vies soigneusement mises en scène qui défilent d’un écran à l’autre pour récolter quelques pelletées de «j’aime» calculés.
Et pendant tout ce temps-là, alors que je cherchais des réponses dans ces applications ridiculement prédéfinies, mon regard s’était tranquillement détourné de ce qui est resté bien réel.
Ce jour-là, dans un café de la rive-nord, j’ai décidé de faire pause.
Seule à ma table, une main tenant mon café et l’autre glissant machinalement sur mon écran (ce voleur de temps) j’ai levé les yeux. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai regardé les gens autour de moi.
Vraiment regardé.
J’ai forcé mon regard à croiser celui des autres.
Un enfant m’a remarquée en premier. Il m’a offert un sourire maladroit, comme les enfants savent si bien le faire quand ils ne savent pas trop s’ils ont le droit d’entrer dans l’univers d’un inconnu. Je suis restée là un bon moment, apprenant à meubler le silence avec autre chose que ce réflexe presque automatique de consulter un écran.
Un homme s’est empressé d’ouvrir la porte à une famille lorsqu’il a aperçu la mère, les bras chargés. Deux femmes échangeaient des confidences dans une conversation complice, ponctuée de sincérité et de fou rires. Une dame d’âge mûr a discrètement débarrassé une table voisine de déchets qui ne lui appartenaient même pas.
Et je me suis demandé où étaient passés les spectateurs de ces gestes de bonté.
Ils étaient pourtant bien là. Nous sommes tous là.
Mais trop souvent cachés derrière la routine moderne. Camouflés derrière ce que nos yeux, trop habitués à regarder ailleurs, ne voient plus.
Ce jour-là, dans un café de la rive-nord, j’ai compris que rien n’avait réellement changé.
Si ce n’est notre manière de regarder le monde.
Le bonheur est souvent là, juste devant nous.
Lève les yeux quelquefois. Je te promets que c’est beau.
Parce que malgré tous les avantages de cette technologie qui nous accompagne au quotidien, ce simple moment dans un café m’a rappelé quelque chose d’essentiel: il est parfois bon de se connecter un peu plus à la vie… et un peu moins au virtuel.
Marie-Soleil English